L'art de devenir plus que la veille


La Sorcellerie est l’art de faire advenir des changements dans sa vie en accord avec sa volonté disait Crowley. C’est aussi l’art de s’immerger dans les flux et marées de l’Âme du Monde que l’on peut désigner sous le nom de Grande Déesse ou d’Astaroth, ce daemon, condensé de toutes les Grandes Déesses.

La Sorcellerie, c’est également l’art de l’extase, de l’exaltation épique de l’être et de l’élargissement de conscience.

Mais la Sorcellerie, c’est l’art de devenir plus que ce que l’on était la veille, plus puissant, plus fort, plus individuel, plus individué et surtout plus libre. La Sorcellerie, c’est chasser le glauque du quotidien, non pour y mettre de la guimauve, mais pour y faire jaillir l’enchantement et une perception de la réalité transcendant le monde terne.

Puissance, liberté et créativité sont les enfants crépusculaires naturels nés du mariage entre l’âme humaine et la Sorcellerie. Ils sont tout ce qui s’oppose à la prison de fer noir imposée par YHWH, l’esprit maléfique des Fils d’Abraham et de toutes les dictatures


Pete Carroll, le fondateur de la Chaos Magic disait, non sans humour, que la magie fonctionne en pratique et non en théorie [1]. Et c’est totalement vrai ! Le Sorcier agit et constate l’opérativité de sa pratique. Quel besoin alors de savoir comment et pourquoi cela marche ? Si je mets la clé de contact dans ma voiture le matin et constate qu’elle démarre, ai-je besoin de connaître tous les secrets de la mécanique pour en profiter ? Certainement pas.

Néanmoins, il est totalement légitime que certains se posent la question du pourquoi du comment. A ceux-là, on peut avancer l’explication suivante :


Tout est interconnecté. Tout est énergie et tout est interconnecté, sous-tendu par Lilith, l’Âme du Monde que l’on pourrait appeler « Grande Déesse » et dont toutes les âmes sont issues. C’est cette interconnexion qui, soit dit au passage, explique le pouvoir des correspondances et des analogies essentielles à la perception magique. Par exemple la couleur rouge et la plupart des éléments naturels rouge sont reliés à la planète Mars (ou au dieu Tyr) et donc à certains signes, runes ou symboles magiques, l’ensemble formant une sorte de réseau d’énergie martienne… Réseau qui lui-même s’inscrit dans un ensemble de réseau énergétique infiniment plus vaste formé des autres planètes (et les dieux savent quoi d’autre), qui ne sont que des relais/accumulateurs d’énergies venant du fond du Cosmos.


Régis Boyer l’avait bien cerné lorsqu’il dit : Au plus intime de cette vision se lit une conception proprement idéaliste de la matière, littéralement animée par ce que les Polynésiens appellent mana, les Indiens d’Amérique orenda et les Scandinaves l’hugr[2].


Le rituel magique, par son pouvoir suggestif et la force des correspondances symboliques place le Sorcier en état de conscience modifié et en résonance avec l’Âme du Monde. Il est alors en mesure d’utiliser cette énergie (hugr) pour que s’accomplisse sa volonté. Ce faisant, en forçant la Nature à lui obéir ou en attirant les probabilités à son avantage, le Sorcier s’attache à supprimer les limites et obstacles du monde fini.

Car la volonté humaine mise en harmonie avec les forces cosmiques est irrésistible. Pour peu que l’harmonisation ait été accomplie au moyen d’un rite symbolique qui nous parle personnellement. D’où l’importance de se construire ses propres rites et son propre système cohérent basé sur son propre paradigme adapté d’un existant ou totalement inventé.


[1] Interview de Pete Carroll par Gordon White : https://www.youtube.com/watch?v=6e08lNH3O_o

[2] Régis Boyer, Le Monde du Double, 1986, Berg International, pp 15 -16