Guerre culturelle, cancel culture, wok et autres fantasmes réacs.


Depuis les années 90 aux USA et depuis quelques temps en France (la France a toujours 30 ans de retard), la droite réac s'est trouvé un nouveau cheval de bataille, j'ai envie de dire, un nouveau délire : la guerre culturelle.

Dans ce paradigme qui est devenu la nouvelle catégorie mentale de la droite, il existerait une guerre entre des forces progressistes et les tenants d'une morale traditionnelle censée sauver le monde et la civilisation de la décadence. Dans cette guerre supposée, les néo-fachos alternent entre cris outrés, fake news, tentatives d'intimidation et insultes. Car soudain, à peine une discussion lancée, apparaissent dans les cerveaux contrits des réactionnaires, les spectres qu'eux-mêmes désignent sous différents noms comme autant de termes et de menaces pour créer l'indignation chez ceux que l'air du temps paralyse. Autrefois les chrétiens criaient "hérétiques !" et lynchaient la femme ou celui qui avait le mauvais goût de sortir du rang, aujourd'hui, ils hurlent " woke ! cancel culture ! politiquement correct !" et espèrent le même effet.

Seulement voilà, on est au XXIe siècle et le temps des lynchages est terminé. Ne leur reste plus qu'à regretter le bon vieux temps et à se victimiser, se lamentant qu'avant c'était mieux. L'avant sexiste, viriliste, patriarcal, religieux, colonial... Cet avant où le riche et bien nanti pouvait abuser impunément de la jeune fille en fleur, cet avant où les gros bourgeois allaient piller le monde sous couvert d'y apporter la civilisation, cet avant où l'éducation qui pesait sur les deux sexes flirtait délicieusement avec la torture.

Être pris dans un "débat" avec ces gens est une expérience en soi. Si tu as le culot d'émettre l'hypothèse, voire l'effarante conviction, que nul n'a le droit d'abuser du corps ou de l'âme d'autrui, te voilà sommé de te taire à coup d'insulte, car, bien sûr, en tant que post humaniste, te voilà taxé, en plus des termes sus-cités, de progressiste, de fanatique, d'imbécile, de béotien ou de sombre con manquant de nuance, de culture et d'intelligence. Essayes-tu de ramener le débat sur le terrain des idées ? Rien n'y fait, on t'attaque ad hominem, cherchant la faille personnelle, on cherche à te discréditer, on te demande si tu as toujours été aussi féministe, aussi efféminé, queer ou progressiste, des mots qui sortent de leur bouche comme des lames de rasoir leur écorchant les lèvres. Finalement, sur Internet ou avec des amis passés à droite, c'est un peu les chemises brunes tous les jours. Eux qui débarquaient dans les débats de taverne et argumentaient à coups de gourdin pour palier à leur manque d'argument... et d'intelligence.

Et bien mauvaise nouvelle pour nos nouveaux conservateurs. N'en déplaise aux Trump, aux Zemmour , aux Bock Côté, aux Finkelkraut, et autres fossiles, ils auront beau ralentir la libéralisation des mœurs et de la société, créer le malheur et la coercition sous prétexte de tradition ou de religion, ils n'arriveront pas à stopper le siècle. Car, en réalité, il n'y a pas de guerre. Il n'y a que la marche inéluctable du temps et de l'évolution de la société et nul ne peut vaincre Chronos. S'il y a encore de malheureuses et nombreuses poches de résistance traditionnelles, elles seront bientôt balayées par l'adhésion massive au mariage gay, à l'égalité homme-femme, au transhumanisme triomphant et à l'établissement d'un monde laïcisé égalitaire. Les sursauts réactionnaires n'y changeront rien, les individus auto-déterminés, libres et cyborgs relègueront aux oubliettes de l'Histoire l'obscurantisme cloisonné.