Et le feu de Lilith se propagea au porno français



L’esprit de Lilith continue de souffler sur les braises de #meetoo, alimentant le brasier qui réduira en cendres l’ancien monde, viriliste et misogyne. L’une des dernières bâtisses où le feu purificateur s’est propagé, est le monde cloisonné du porno français. Au cas où t’aurais raté l’info : acteurs et producteurs sont sous le coup d’accusation de "viol", de "proxénétisme aggravé" et de "traite d'êtres humains aggravée".

On aurait tort de sous-estimer l’importance de cette industrie dans notre culture. Un simple coup d’œil sur les chiffres astronomiques des consultations de sites X suffit à nous dire l’influence que ce type de représentation a sur notre conscience collective actuelle.

Je m’empresse de préciser que l’hédoniste convaincu que je suis, n’est absolument pas opposé à ce type de représentation aussi vieille que les poteries grecques ou mésoaméricaines. Après tout, que certains alimentent et stimulent leur vie sexuelle et leur désir grâce au pouvoir magique évocateur des images, est une chose positive en elle-même si elle nous fait du bien. Je ne crois pas non plus qu’il existe un érotisme normatif et l’extraordinaire variété des fantasmes exposés, quoique souvent stéréotypés, sont une bonne chose également.

Pourtant il existe une ligne rouge. Une ligne infranchissable qui est précisément celle que l’esprit progressiste est en train de renforcer : celle du consentement. Déjà au XVIIIe siècle, Nicholas de Chamfort le disait : « jouir et faire jouir, sans faire de mal à toi ni à personne, voilà le tout de la morale. »

Et c’est là, la clé d’or d’une éthique amorale (en tout cas « amorale » religieusement), en matière de sexualité ou autre : que la pratique soit réellement et pleinement consentante. Je me souviens, il y a quelques années avoir eu une houleuse conversation avec des gens que je croyais connaitre et m’être fait traité de « sale puritain » rien qu’à la mention du concept de consentement. Cette discussion mémorable et révélatrice de la pensée d’alors me laissa songeur par rapport à une certaine façon qu’ont les réacs d’envisager le monde : car s’ils se défendaient hypocritement de regarder du X, ils ne se vantaient pas moins de tromper leur femme avec des « filles pas toujours tout à fait consentantes ». C’est peut-être lors de cette conversation, avec des gens que je considérais comme progressistes jusque-là, que je pris conscience de l’ampleur du problème dans la société.

Certaines réalisatrices de porno ont depuis quelques années fait un travail gigantesque pour dépeindre une sexualité diverse et respectueuse de l’être humain (je pense à Erica Lust, Petra Joy, Annie Sprinkle, Ovidie ou Courtney Trouble pour n’en citer que quelques-unes).

Le combat pour sortir de la société patriarcale passe évidemment par les représentations que nous avons de la sexualité, car celle-ci est depuis des milliers d’années le terrain où le patriarcat imposa la mise sous contrôle des femmes et de la féminité.

Le ménage qui s’amorce dans le porno français est donc une excellente nouvelle pourvu qu’il soit radical et s’étende au reste du monde, à l’image de #metoo.