Discours sur le colonialisme



Cette semaine, j'ai lu "Discours sur le colonialisme" d'Aimé Césaire. Je n'avais jamais lu Césaire auparavant, et je ne suis pas déçu. La plume de l'auteur réussit le tour de force de mêler évocation poétique avec la force incisive d'un regard sans concession porté sur son temps. Le livre date de 1955 et l'auteur met sur la sellette l'hypocrisie d'une civilisation européenne qui se targue d'humanisme tout en ayant noyé dans le sang des dizaines de civilisations et continuant de faire l'apologie de la colonisation. Arguments dépassés ? Que nenni. Lors des manifestations BLM de l'année dernière, des protestataires ont, de manière bon enfant, déboulonnés certaines statues de colonisateurs célèbres qui, outre le fait d'être une injure à l'esthétique la plus élémentaire, étaient aussi des monuments à la gloire de la colonisation. Et là, ô surprise, la frange réactionnaire de la population s'est mis à pousser des cris d'orfraie et à rappeler les bienfaits jadis de cette bonne vieille colonisation : les routes, les hôpitaux, les tyrans locaux jeté à bas, et bla et bla. J'ai eu mailles à partir à l'époque avec des gens que je croyais proches mais qui se sont révélés, à ma grande surprise, des acharnés défendant la supériorité blanche de la manière la plus radicale et agressive possible. J'ai bien sûr écarté ces personnes de ma vie non sans avoir essayé d'abord d'argumenter (c'est évidemment peine perdue avec les extrémistes). Par contre, je ne savais pas que les arguments qu'ils évoquaient dataient des années 50 puisque, c'est précisément ceux-là que démonte méthodiquement Aimé Césaire dans ce texte. Comme quoi, ce n'est pas rien de le dire, dans leur tête, certains ont 70 ans de retard !