Avant, c'était mieux



« Avant, c’était mieux. » Qui n’a jamais entendu cette antienne réactionnaire ? Je l’entends malheureusement trop souvent à mon goût. L’une des dernières fois que je l’ai lu, c’était sur un post Facebook, l’auteur se plaignait des « genres inventés » et de la « police de la pensée » qui sévit soi-disant aujourd’hui. Aujourd’hui, disait-il, on ne peut plus rien dire alors qu’avant, on aimait bien Freddy Mercury, Jimmy Somerville ou Boy Georges. « On n’avait pas d’injonction pour être tolérant mais on s’en foutait de l’orientation sexuelle de ces gens ».

Pour les tenants du conservatisme, « avant, c’était mieux » est une vraie devise. Certains le pensent même vraiment. Ils pensent qu’on vivait mieux avant y compris au niveau de la tolérance. Bien sûr, ils se hâteront rapidement de glisser dans l’argumentation que « aujourd’hui, le militantisme LGBTQIA+ provoque les réactions de haine qu’il dénonce ». C’est bien connu, ce sont les mêmes personnes qui vont te dire que le féminisme déclenche la misogynie et que si une femme se fait violer, c’est qu’elle l’a cherché.

On reconnaît là, l’argumentation hypocrite et la mauvaise foi de ce type d'assertion gratuite.

Cela ne date pas d’hier : on accusait déjà Martin Luther King de provoquer la haine raciale.


La volonté et l’intention de ces militants conservateurs, sous le couvert d’une fausse tolérance, c’est de maintenir tous les statuts quo et la normativité dans la société. En résumé, si la seule sexualité montrée dans la société est hétéronormée, ces messieurs-dames veulent bien tolérer l’existence de l’homosexualité mais à deux conditions. D’abord qu’elle reste cachée (exception faite pour ces popstars truculentes d’extraversion qui mettent un peu de couleur et d’encanaillement dans leur vie) et ensuite que cette sexualité humaine soit simple à comprendre. « L’homosexualité, on veut bien en reconnaître l’existence », martèlent-ils, « la bisexualité, c’est déjà plus difficile à comprendre mais qu’on ne vienne pas nous embêter avec la fluidité, le non-binarisme, la demisexualité, les queers ou Dieu sait quoi d’autres… »


En fait, l’idéologie conservatrice est une idéologie de la peur. On a peur de ce qu’on ne comprend pas, on a peur de la complexité, on a peur de ce qu’on ne peut pas stéréotyper et placer dans une petite case. Bien sûr, cette peur n’est pas dénuée de volonté impérialiste car la peur provoque la volonté de régenter, la volonté de simplifier, la volonté de hiérarchiser.

Et plus fondamentalement, il y a aussi la peur de l’inconnu en l’autre mais aussi en soi. Le conservateur a peut-être peur de ce qu’il pourrait trouver au fond de lui, s’il ouvrait les portes des possibles, les portes sur ses abysses personnelles et sur son refoulé.

En tant que sorcière, l’ouverture des portes ouvrant sur les mystères intérieures et extérieurs est notre quotidien. Les balades liminales et crépusculaires sont la base de notre pratique, raison pour laquelle la sorcellerie est plus encline à être, par nature, une spiritualité non binaire.

Nous ne croyons pas qu’« avant c’était mieux » mais qu’au contraire, plus nous avançons dans le temps, plus nous prenons conscience de l’extraordinaire complexité de l’univers et de la nature humaine. Nous prenons conscience surtout de la place de la singularité de chaque individu, de chaque aspiration, de chaque situation. Nous ne nous contentons plus des simplifications qu’elles soient sociales, scientifiques ou spirituelles. Nous faisons éclater les boîtes et les carcans, les dogmes et les cases car nous prenons conscience de la fluidité et de la nature profondément chaotique de l’Univers. Un Chaos qui se rit de toute pensée binaire, un Chaos protéiforme dans tous les domaines de l’être y compris, celui de la sexualité.